N., est une jeune femme de 18 ans, inscrite en dernière année de lycée et habite dans le centre d’une grande ville et pendant son enfance, elle avait l’impression de vivre dans une grande famille, où les parents voisins sont les parents de tous les enfants du quartier, qui se considéraient comme des frères et des sœurs. L’école primaire et secondaire étant proches de la maison, le quartier semblait être un monde unique où se déroulait toute sa vie, sentiment renforcé par la proximité des autres services dans le quartier. Elle subit des restrictions de sortie et un contrôle rigide de son emploi du temps scolaire en grandissant, comme toutes les filles de son âge, ce qu’elle accepta sans trop de difficultés. Vers la fin de l’année scolaire, une voisine de deux ans son aînée, lui expliqua ses pratiques religieuses, différentes des habitudes de son entourage. Elles écoutent alors des prédicateurs de l’Orient sur des canaux satellitaires et via internet. Elle se sent profondément touchée par la lecture d’un livret écrit en gros caractères et qui évoque la souffrance de la tombe et de ce qui attend une femme « dévoilée » après la mort. Elle commence à fréquenter un groupe de fidèles qui ne suit pas l’imam de son quartier et qui organise des séances d’apprentissage du Coran, de chants et de prédications religieuses. Elle se sent en accord avec sa foi et constate le manque de perfection des autres, dans leurs attitudes, leur façon de s’habiller ou de parler. Sa famille n’échappe pas à ce jugement, pourtant au début, ses parents voyaient dans sa dévotion un signe favorable surtout en pleine période d’adolescence. C’est sa mère qui la première commence à s’inquiéter : sa fille est de plus en plus isolée, discrète mais aussi de plus en plus arrogante avec ses parents, leur reproche leur manque d’observance et surtout accuse sa mère d’idolâtrie et d’ « associationnisme » (fait d’associer Dieu à d’autres divinités) à cause de ses visites aux saints et aux cimetières à certaines occasions. La rupture est totale avec son père qui ne lui pardonne pas sa mauvaise attitude et son ingérence dans les questions des adultes ; elle, le considère comme un mécréant. Au lycée, sa radicalisation devient très intense, elle revendique l’annulation de la mixité dans les classes avec un groupe de lycéens et le droit à porter le voile intégral en présence des hommes en classe, ce qui lui vaut quelques ennuis avec l’administration et les enseignants.

Aujourd’hui, quand elle raconte cette période de sa vie, elle dit ne pas comprendre ce qui lui donnait cette force de combattre et de délégitimer tout le monde, elle pensait avoir atteint la « vérité » et que sa mission était de changer, par tous moyens la situation d’ignorance où se trouvait la société.