PseudoHISTOIRE D’ABDUL

Récit de vie

Abdul, 24 ans, est né dans un quartier populaire d’une ville moyenne de la plaine. Grâce aux sacrifices de sa famille et à un effort personnel, il réussit à accéder à des études supérieures pour lesquelles il s’inscrit dans une autre ville. Comme tous les jeunes, il avait fait des expériences de jeunesse, par curiosité ou par imitation comme beaucoup d’autres de son âge ; il avait essayé les cigarettes, la drogue mais aussi l’alcool, sans jamais en devenir dépendant. Sa famille l’avait élevé dans le respect des rituels religieux qu’il suivait de manière irrégulière. A chaque transgression il était envahi par un sentiment de culpabilité en pensant aux sacrifices de sa famille pour lui garantir un bon avenir et à sa peur de les décevoir. Dans sa ville, il n’y avait pas de cinéma ni de théâtre, rien qui lui permettait de s’épanouir ou d’avoir des expériences artistiques ou culturelles. Les rares événements avaient lieu lors des fêtes nationales ou en fin d’années scolaires, et n’étaient pas à la hauteur de ses attentes.

Dans la ville où il a poursuivi ses études universitaires, les structures culturelles, sportives et artistiques ne manquaient pas. Mais elles étaient financièrement hors de sa portée, sa maigre bourse d’études ne suffisant même pas à payer le loyer qu’il partageait avec ses colocataires, étudiants venus de la province comme lui. Parmi ses compagnons, il y avait deux genres de jeunes, les uns profitaient de la liberté acquise et se laissaient tenter par les divertissements et les transgressions et les autres étaient plus raisonnables, à l’instar d’Abdul, ce qui lui a été favorable et lui a permis d‘obtenir sa première année. Dans la faculté, plusieurs groupes ou organisations d’étudiants étaient en conflit, dont les mouvements de gauche, les autonomistes ethniques et les islamistes. Du fait de son origine géographique et par son attitude d’observance, il avait plutôt de bons rapports avec les étudiants islamistes, sans vraiment faire partie de leurs mouvements ou participer à leurs activités syndicales. Grâce à leur intervention, il réussit à obtenir un poste à la cité universitaire lors de sa deuxième année. La fréquentation de ce groupe, lui donna le sentiment d’être un jeune homme probe et intègre, d’être plus fort contre les tentations et de donner un sens à sa vie et à son choix de conformité avec les valeurs religieuses et morales. Il adhère aux activités politiques, culturelles et syndicales de son groupe et est impliqué dans des actions hostiles contre des professeurs jugés athées et dans des confrontations violentes avec des mouvements étudiants ayant des idéologies opposées à celles de son groupe. Sa conviction de faire face à une société impure, imparfaite et mécréante est toujours plus grande et son appartenance aux groupes les plus radicalisés au sein de l’université devient plus appuyée. Il a fait l’objet de plusieurs mesures disciplinaires à l’université et de quelques interpellations judiciaires. Il a évité la prison de justesse, mais il n’a pas réussi à passer en troisième année. Il a passé un concours pour s’inscrire dans un centre universitaire technique nouvellement établi dans sa ville natale et est retourné vivre avec sa famille.